À propos de l'auteure : Laura Ducharme est travailleuse sociale de formation, chargée de cours en intervention par l'aventure et le plein air, et maman. Elle s'est jointe à l'équipe de Parq pour un mandat d'un an comme responsable des parcs régionaux. Nous profitons de sa présence pour vous offrir une analyse approfondie de thèmes étroitement liés aux valeurs de Parq.
Le plein air est aujourd’hui reconnu comme un levier important de santé et de bien-être, et ce, dès la petite enfance. Le contact régulier avec la nature favorise le développement global des enfants et soutient la santé mentale et physique des parents.
Lorsque les conditions facilitantes sont réunies, les bienfaits sont nombreux. Selon le rapport Les bienfaits de la nature sur la santé globale, publié en 2021 par la Sépaq, le plein air est associé à une diminution du stress, à une amélioration de l’humeur et à un meilleur sommeil, tant chez les enfants que chez les adultes.
Pour les parents, les sorties en nature représentent une pause dans le quotidien. Elles leur permettent de réduire la charge mentale, de ralentir le rythme et de vivre des moments de qualité avec leurs enfants.
Chez les tout-petits, l’activité physique et la stimulation sensorielle favorisent la régulation des émotions et le développement global comme mentionné précédemment. Loin des écrans et des environnements surstimulants, la nature favorise aussi le lien d’attachement, l’écoute active, la corégulation émotionnelle et la complicité entre le parent et l’enfant.

Des freins bien réels pour les parents
Malgré les nombreux bienfaits reconnus du plein air, bien des parents de jeunes enfants hésitent à sortir, particulièrement lorsqu’il s’agit de poupons.
Habiller un bébé en pleurs qui se débat pour ne pas enfiler son habit d’hiver, gérer les grands froids ou les fortes chaleurs, prévenir les blessures ou les piqûres d’insectes (le tout combiné à un système immunitaire en pleine construction et la fameuse garderite!), éviter l’épuisement lié à la chaleur, assurer l’hygiène et la stérilisation des biberons, composer avec le coût élevé de certains équipements spécialisés (par exemple, une pulka neuve de type Baby Glider peut coûter au moins 750 $ plus taxes), ou encore faire face à des infrastructures peu adaptées aux poussettes : toutes ces réalités sont des freins importants à l'accessibilité du plein air.
Ces préoccupations sont légitimes. Elles rappellent que l’accès à la nature ne repose pas uniquement sur la motivation individuelle, mais aussi sur l’aménagement du territoire et le soutien offert aux familles.

Le rôle essentiel des parcs régionaux
C’est ici que les parcs régionaux jouent un rôle crucial. En facilitant l’accès à la nature à proximité des milieux de vie, ils éliminent plusieurs barrières qui freinent la fréquentation des espaces naturels par les familles de jeunes âgés de moins de 5 ans. Ils offrent des espaces aménagés à échelle humaine, particulièrement adaptés aux jeunes enfants (sentiers courts, aires de repos, zones de jeu libre, accès à des plans d’eau ou à des milieux forestiers, etc.), qui permettent une exploration sécuritaire et adaptée au rythme des tout-petits.
Qu’il s’agisse d’une courte marche en poussette, d'une balade pour observer la faune ou simplement d'un moment consacré à prendre l’air en famille, les expériences que l'on partage en plein air renforcent le lien d’attachement et créent des souvenirs positifs associés à la nature.
Favoriser l’équité d’accès à la nature
En tant qu’acteurs de proximité, les parcs régionaux jouent aussi un rôle important en matière d’équité et d’inclusion. Par la gratuité pour les jeunes enfants, des programmes d’accès, des activités familiales guidées ou des partenariats avec les milieux communautaires et de la petite enfance, ils contribuent à rendre le plein air accessible à un plus grand nombre de familles. Du même coup, l’aménagement d’infrastructures adaptées aux poussettes (sentiers élargis, surfaces stables, accès facile) améliore l’accessibilité pour les personnes à mobilité réduite. Ainsi, les investissements réalisés pour les familles bénéficient à l’ensemble de la population.
Quelques initiatives inspirantes pour les gestionnaires de parcs
a) Concevoir avec et pour les familles
Impliquer les enfants et les parents dans la planification et l’aménagement des espaces naturels permet de créer des lieux réellement adaptés à leurs besoins.
Au Québec, plusieurs parcs nationaux, régionaux ou municipaux proposent des sentiers adaptés aux jeunes enfants et aux poussettes (faible dénivelé, aires de repos fréquentes, parcours sécuritaires), facilitant ainsi les premières expériences de randonnée en famille.
À Montréal, le Parc Saint-Joseph constitue un exemple inspirant d’aménagement inclusif. Conçu pour accueillir les enfants de tous âges, les familles avec poussettes, les personnes à mobilité réduite ou celles vivant avec diverses limitations, ce parc a été élaboré en collaboration avec un réseau d’entraide de parents d’enfants handicapés afin de répondre à des besoins concrets et de créer un véritable espace de jeu universel.
À l’international, les parcs participatifs de Chapelizod (Irlande) sont un autre exemple d'approche collaborative. Les enfants ont contribué à la conception d’aires de jeu qui, avec leurs tyroliennes et leurs structures inspirées de la nature, reflètent leur imagination et leurs attentes. Ce type de démarche assure une adéquation réelle entre l’espace aménagé et les usages familiaux.
b) Initiatives municipales et communautaires
Dans plusieurs quartiers de Montréal et d’autres villes du Québec, les projets de ruelles vertes transforment des espaces asphaltés en milieux de vie verdoyants et ludiques. Ces aménagements deviennent de véritables aires de jeu de proximité, favorisant le jeu libre et sécuritaire près du domicile tout en renforçant les liens sociaux entre voisins.
c) Aires de jeu naturelles (natural playscapes) et terrains d'aventure (adventure playgrounds)
Les aires de jeu naturelles misent sur le paysage existant (arbres, relief, sable, eau, végétation) comme support principal du jeu, plutôt que sur des modules standardisés. Cette approche stimule l’exploration sensorielle, la créativité, la coopération et le lien à l’environnement. Elle peut s’intégrer autant en milieu urbain qu’en contexte régional.
Aux États-Unis, la Hands-on-Nature Anarchy Zone, située dans le jardin d’enfants d’Ithaca (New York), met de l’avant le jeu libre à partir de matériaux naturels et non structurés (boue, branches, troncs, pierres). C'est un lieu d'expérimentation, de construction et de développement moteur dans un cadre volontairement ouvert et évolutif.
Le Emdrup Junk Playground, fondé en 1943 à Copenhague (Danemark), est l’un des premiers terrains d'aventure au monde. Les enfants y disposent de matériaux recyclés et naturels pour inventer leurs propres univers de jeu. Ce modèle valorise l’autonomie, l’imagination et une prise de risque mesurée, des dimensions essentielles pour concevoir des parcs plus stimulants et signifiants.
Ce que l’on peut retenir de ces modèles
- Accessibilité et inclusion : Les jeunes enfants (de 0 à 5 ans), les familles avec poussettes, les personnes à mobilité réduite et les familles élargies se sentent pleinement accueillis.
- La nature comme terrain de jeu : Les matériaux et les éléments naturels (terre, eau, végétation, relief) favorisent un jeu libre, sensoriel et évolutif.
- Participation citoyenne : Les enfants et les familles sont impliqués dans la conception des projets, ce qui en favorise la pertinence et l'appropriation.
- Proximité et intégration urbaine : Les espaces de quartier (ruelles, petites places publiques, parcs de proximité) sont revalorisés pour multiplier les occasions de rencontres spontanées et de jeu quotidien.
Pour aller plus loin :
Chaire de recherche sur l’éducation en plein air (CRÉPA)
En février dernier, la CRÉPA accueillait une conférence scientifique intitulée « Développement et fonctionnement du cerveau en éducation en plein air en milieu scolaire : le rôle de l’exposition à la nature ». Présentée par le professeur Ulrich Dettweiler, spécialiste de l’éducation en plein air et des neurosciences de l’apprentissage, cette conférence démontre, à partir de données neuroscientifiques, comment les environnements d’apprentissage en nature (notamment ceux favorisant l’autonomie) influencent le développement cérébral, contribuent à une meilleure régulation du stress et soutiennent la disponibilité cognitive nécessaire aux apprentissages.
On peut visionner la conférence (en anglais) sur le site web de la CRÉPA.
Unité mixte de recherche Petite enfance, grandeur nature de l'Université Laval
Cette entité structurante et multidisciplinaire permet de soutenir et d’encadrer des projets de recherche sur l’éducation par la nature, que ceux-ci émanent des besoins des milieux éducatifs, de la recherche, des décideurs ou de différents acteurs de la communauté.
Basé sur le programme Alex de l'Association québécoise des centres de la petite enfance (AQCPE) et impliquant plus de 3500 enfants, ce projet soutient l'implantation de l'éducation par la nature dans divers milieux, y compris les services de garde et les écoles, en favorisant un langage commun et des pratiques harmonisées. Les activités incluent la formation des éducateurs et l'organisation de sorties en nature pour encourager le développement de la sensibilité écologique chez les enfants.
Une initiative québécoise dédiée à la promotion et au déploiement de l’éducation par la nature auprès des milieux éducatifs.
Cette coopérative accompagne les milieux souhaitant intégrer davantage le plein air et la nature dans leurs pratiques éducatives.
Association québécoise des centres de la petite enfance (AQCPE) – Approche Alex
L’approche Alex est une démarche pédagogique d’éducation par la nature alignée sur le programme Accueillir la petite enfance. Elle encourage les services éducatifs à favoriser le jeu libre en milieu naturel et à intégrer davantage le plein air dans le quotidien des tout-petits.
Cette initiative vise à outiller les jeunes familles afin qu’elles puissent pratiquer des activités de plein air sécuritaires, accessibles et surtout agréables avec leurs enfants.
Cet organisme propose des activités et de l'accompagnement en éducation par la nature pour les enfants et leurs milieux de vie.
Cent degrés est une plateforme de formation offrant notamment des cours en ligne sur la pédagogie en plein air pour soutenir le développement des pratiques éducatives en nature.
Bibliographie
Association québécoise des centres de la petite enfance. (s. d.). Approche Alex – L’éducation par la nature en petite enfance. AQCPE. https://www.aqcpe.com
Chaire de recherche sur l’éducation en plein air. (2024). Développement et fonctionnement du cerveau en éducation en plein air en milieu scolaire : le rôle de l’exposition à la nature [Conférence scientifique, U. Dettweiler]. Université de Sherbrooke. https://www.usherbrooke.ca
Dettweiler, U., Becker, C., Auestad, B. H., Simon, P., & Kirsch, P. (2017). Stress reduction in school settings through outdoor learning: A randomized controlled trial. International Journal of Environmental Research and Public Health, 14(2), 172. https://doi.org/10.3390/ijerph14020172
Dusseault, Lila (2026). Article dans La Presse : La moitié des parents de jeunes enfants sont mentalement fragiles [En ligne]
Gill, T. (2014). The benefits of children’s engagement with nature: A systematic literature review. Children, Youth and Environments, 24(2), 10–34. https://doi.org/10.7721/chilyoutenvi.24.2.0010
Lamy, Céline (2024). Extrait de l'entrevue au Balado Vivace : [Vie de clan] Comment nos structures sociales ignorent les besoins fondamentaux des enfants : perspective de la pédopsychiatre Céline Lamy | VIVACE - Vivre comme un humain [En ligne]
Louv, R. (2008). Last child in the woods: Saving our children from nature-deficit disorder. Algonquin Books.
Société des établissements de plein air du Québec. (2021). Les bienfaits de la nature sur la santé globale. Sépaq.
Ville de Montréal. (s. d.). Parc Saint-Joseph. https://montreal.ca/lieux/parc-saint-joseph [En ligne]
Waite, S. (2020). Where are we going? International views on purposes, practices and barriers in school-based outdoor learning. Education Sciences, 10(11), 311. https://doi.org/10.3390/educsci10110311
Références – Initiatives et organismes mentionnés
Centraide du Grand Montréal. (s. d.). Ruelles vertes. https://centraide-mtl.org
Cent degrés. (s. d.). La pédagogie en plein air : formation en ligne. https://centdegres.ca
Coop Au Grand Air. (s. d.). Mission et services. https://coopaugrandair.com
Coop Enfant Nature. (s. d.). À propos. https://coopenfantnature.org
Hands-On Nature Anarchy Zone. (s. d.). Ithaca Children’s Garden. https://www.ithacachildrensgarden.org
La Fleur Sauvage. (s. d.). Éducation par la nature. https://lafleursauvage.ca
Ti-mousse dans brousse. (s. d.). Mission. https://timoussedansbrousse.com