« Entreprises et biodiversité »: un nouveau rapport de l’IPBES

Le rapport « Business and Biodiversity Assessment » est la première évaluation mondiale spécifique aux relations entre activités économiques et biodiversité : il a été élaboré sur plusieurs années par près de 80 expert·es de 35 pays.

Présenté lors d’un webinaire le 11 février dernier par l’équipe des Ateliers pour la biodiversité, les conclusions du rapport envoient un message fort et clair : les entreprises ne sont pas extérieures à la nature. Elles en dépendent entièrement pour leurs ressources, les services écosystémiques et la stabilité économique, tout en exerçant des impacts directs et indirects sur les écosystèmes.

Dépendances et impacts : la nature comme fondement économique

La biodiversité et les services écosystémiques (pollinisation, filtration de l’eau, régulation des crues, matières premières, etc.) sont essentiels pour de nombreuses activités économiques. Cette interdépendance est souvent invisible dans les bilans économiques classiques, ce qui masque les risques financiers liés à la perte de biodiversité.

Tous les secteurs exercent des impacts sur la nature : agriculture, énergie, construction, transport, extraction, etc. Pourtant, moins de 1 % des entreprises rapportent leurs impacts sur la biodiversité dans leurs rapports publics.

Un risque systémique pour les entreprises et l’économie

Le rapport alerte que la perte de biodiversité est un risque économique majeur, comparé aux principaux risques climatiques ou financiers :

  • Risques opérationnels : perturbation des chaînes d’approvisionnement, manque d’eau, perte de ressources naturelles.
  • Risques financiers : coûts liés aux dommages, assurances, régulations potentielles.
  • Risques réputationnels : pression des consommateurs et des financeurs pour des pratiques plus durables.

Si la nature continue à décliner, les modèles d’affaires non transformés pourraient voir leur viabilité financière compromise à moyen terme.

Plus de 100 actions possibles : vers une économie « nature-positive »

Le rapport ne se contente pas d’un diagnostic et il propose plus de 100 actions concrètes que peuvent entreprendre les entreprises elles-mêmes, les gouvernements (cadres réglementaires, incitations financières), les sociétés civiles et même les institutions financières.

Les parcs régionaux comme fournisseurs de services écosystémiques

Même si le rapport ne cible pas spécifiquement les parcs régionaux, plusieurs points résonnent directement avec leur mission.

Les parcs protègent des habitats naturels qui fournissent des services essentiels : régulation de l’eau, habitats pour pollinisateurs, stockage de carbone, tourisme nature, etc. Ces contributions soutiennent des économies locales (tourisme, agriculture, filières locales). Elles sont aussi interdépendantes des entreprises locales et régionales.

Instruments de mesure et de connaissance

Les outils méthodologiques promus par le rapport peuvent aider les parcs régionaux à documenter et valoriser les contributions de leurs écosystèmes, en collaborant avec des entreprises locales pour co-développer des indicateurs pertinents.

Chez Parq, en collaboration avec la firme CCG Climat, une démarche est en cours pour permettre aux membres de faire un bilan GES et élaborer une littératie des actions propre à la réalités des parcs régionaux pour réduire leur empreinte carbone.

Nous allons vous informer de ce projet pilote dans les prochaines semaines.

Collaboration avec les entreprises

Le rapport insiste sur le besoin de partenariats entre secteurs économiques, gouvernements, communautés locales et experts scientifiques. Les parcs peuvent servir de modèles de gestion durable de la nature et être des terrains d’expérimentation pour des approches de réduction des risques liés à la perte de biodiversité.

Un changement de paradigme pour les entreprises et la gestion des territoires

En conclusion, le rapport redéfinit la manière dont les entreprises doivent considérer la biodiversité : elle n’est plus un simple enjeu environnemental, mais un facteur stratégique central pour la viabilité économique.

Pour les parcs régionaux, cela signifie :

  • Considérer la biodiversité comme un actif économique et social ;
  • Renforcer la coopération avec les acteurs économiques locaux ;
  • Capitaliser sur les outils méthodologiques et les actions proposés par le rapport pour renforcer leurs stratégies de conservation, de gestion et de mise en valeur.

Pour en savoir plus:

Communiqué de presse : Communiqué IPBES : Les entreprises peuvent soit mener des changements transformateurs, soit risquer L'extinction.

Plus de détails sur la publication du rapport : https://ipbes.canto.de/v/IPBES12Media/landing?viewIndex=0

Lire le sommaire du rapport : https://ipbes.canto.de/v/IPBES12Media/album/QH93L?viewIndex=0&display=fitView

* Le rapport est disponible en anglais seulement.